Titre 1
Maël Gagnieux
Artiste Associé
"- Comment vas tu ?
- Très mal merci"
Ponctué d’un grand sourire, tel fut le premier échange avec Maël Gagnieux à la manière d’une réplique d’une pièce de théâtre absurde. C’est dans cet univers humoristique, du mal fait et du bancal que l’artiste nous invite à entrer.
Sorti de l’École Supérieure des Beaux-Arts de Nîmes en 2015, il jongle depuis entre projets individuels et collectifs. Il oriente d’abord sa pratique vers la production d’installations, s’apparentant parfois à des machines, des sortes de sculptures mouvantes, bruyantes et interactives. L’objet n’est jamais fixe, il bouge, il vit. C’est sous cette condition de donner corps à la matière que Maël Gagnieux décide de devenir lui-même acteur et sujet de sa création.
S’il est vrai que le jeune artiste construit un univers singulier, la démarche de son père, Jean-Claude Gagnieux, lui même artiste-performeur reste une source d’inspiration et d’influences. Très liés dans leur pratique, père et fils se sont même associés pour créer Les Butors Etoilés. Dans une atmosphère poétique et décalée, ce duo fabrique et expérimente des instruments de musique où l’humour est un moteur essentiel.
La question de l’identité et de la mise en scène reste chez Maël Gagnieux un fil conducteur. En explorant les galeries d’art tel un spéléologue rampant sur le sol, armé d’un casque et d’un harnais ("je hais le voyage et les explorateurs"), le jeune artiste tente de se faire une place dans le monde de l’art contemporain et questionne l’accessibilité aux institutions. Il génère également l’attente chez le regardeur d’une chute d’action qui ne viendra sûrement jamais. Dans "17”15 pétante" il explose un réveil qui sonne devant des spectateurs, s’en va de la salle, sans un mot, et rentre chez lui pour vaquer à ses occupations.
Ici, le résultat prend peu d’importance face à l’action elle-même, l’ironie est poussée à son paroxysme.
Il se joue de nous et du langage à travers des jeux et des métaphores, en proposant des performances ambiguës où l’absurde et la critique s’entremêlent. Cette ambivalence lui joue des tours : difficile en effet d’être toujours pris au sérieux lorsque l’on travaille à partir de l’humour, point d’entrée d’une remise en cause qui n’est pas toujours décelée. Il entretient ce paradoxe en étant constamment dans cette dualité, entre références contemporaines et non-sens. Son action s’inscrit dans cette constante opposition. Lors du festival consacré à la performance Excentricités VI de Besançon, il endosse le rôle d’une star, suivi d’une foule de paparazzi s’empressant d’immortaliser toutes les poignées de mains serrées à de parfaits inconnus. Sous les airs d’actions décalées, drôles et théâtrales, se cache une réflexion plus profonde sur le rapport entre l’artiste, l’institution et le public.
À travers le Cabaret Fludax (Cabaret Transitoire d’Actions à Libération Prolongée), Maël Gagnieux développe une marque, faisant référence à un médicament fictif. On y retrouve des objets permettant de reproduire les actions chez soi, afin d’y injecter du rire et de la bonne humeur.
Le Cabaret Fludax est aussi une référence aux codes populaires, à l’univers de la publicité et de son matraquage visuel et sonore. Émissions de téléréalités, mise en ridicule des personnages médiatisés et séries Z sont autant de sources inépuisables qui alimentent ses projets.
En réponse à cette création constante de nouveaux besoins, le Cabaret Fludax nous vend du kitch et de l’absurde, du mal organisé et du non-sens comme lors d’une performance via Skype matérialisant l’absence physique de l’artiste. Le comique de répétition est aussi un élément récurrent dans ces happening.
Ce cabaret est un va-et-vient d’artistes qui proposent leurs idées et participent à un renouvellement des actions performées qualifiées par son créateur de « performactionsuperartcontemporain » : à nouveau un jeu de langage pour alimenter l’ambiguïté des intentions du collectif.
Avec Maël Gagnieux, on ne sait jamais si sa volonté est de faire de l’art ou de le tourner en dérision.
Salomé Elbaz et Pauline Garreau














